L’internat est le troisième cycle des études de médecine. Il commence par une procédure nationale d’appariement qui attribue à chaque étudiant une spécialité et une subdivision territoriale, puis se déroule en trois phases (socle, approfondissement, consolidation) jusqu’au diplôme d’études spécialisées. Cette page décrit le fonctionnement complet de l’internat à la rentrée 2026 : classement, vœux, algorithme, DES, statut de docteur junior, thèse et droit au remords.
L’essentiel
- L’affectation ne résulte plus d’un amphi de garnison : le CNG apparie les vœux des candidats (couples spécialité-subdivision) et les postes offerts grâce à un algorithme de type Gale et Shapley, dans treize classements par groupe de spécialités.
- Pour 2026-2027, l’arrêté du 4 août 2026 ouvre 10 260 postes, en hausse de 15 %, dont 4 070 en médecine générale et 346 réservés au CESP ; les affectations ont été publiées le 9 septembre 2026.
- Il existe 44 diplômes d’études spécialisées (DES), d’une durée de quatre à six ans, organisés en phase socle, phase d’approfondissement et phase de consolidation.
- La thèse d’exercice se soutient avant la phase de consolidation, pendant laquelle l’interne devient docteur junior, rémunéré environ 28 500 euros bruts par an plus une prime d’autonomie supervisée.
- Un droit au remords permet de changer une seule fois de spécialité, dans la même subdivision, sous conditions de rang et de délai.
De l’externat à l’internat : ce qui se joue en 6e année
Pour accéder au troisième cycle, l’étudiant doit avoir validé son deuxième cycle et atteint les notes minimales aux épreuves dématérialisées nationales (14/20 sur le rang A) et aux examens cliniques objectifs structurés (10/20 de moyenne). Ces deux épreuves, ainsi que les points de parcours, produisent la note d’appariement pondérée à 60 %, 30 % et 10 %. Nous décrivons ce mécanisme dans notre page externat, EDN et ECOS.
La rupture avec l’ancien système tient en une phrase : il n’y a plus un classement unique mais treize classements, un par groupe de spécialités. Un candidat reçoit donc treize rangs, et chacun ne vaut que pour les spécialités de son groupe. Les treize groupes, définis fin 2021 par le ministère, rassemblent des disciplines proches : par exemple « chirurgie de la tête et du cou » (ophtalmologie, ORL, chirurgie maxillo-faciale, chirurgie orale, chirurgie plastique, neurochirurgie), « médecine aiguë » (anesthésie-réanimation, médecine intensive-réanimation, médecine d’urgence), ou encore « médecine générale » et « pédiatrie », qui forment chacune un groupe à part entière.
La procédure nationale d’appariement : calendrier et étapes
La procédure est dématérialisée et pilotée par le Centre national de gestion (CNG) via le compte Even de chaque candidat. Le calendrier de la campagne 2026 a été fixé par l’arrêté du 11 mai 2026.
| Étape (rentrée 2026) | Dates | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| Publication des postes | Arrêté du 4 août 2026 | 10 260 postes ouverts, par spécialité et par subdivision |
| Phase de simulation | 17 au 20 août 2026 | Saisie de vœux et tours d’essai, sans effet sur l’affectation ; apprentissage de l’outil |
| Tours à blanc | 31 août au 7 septembre 2026 | Plusieurs tours successifs ; chaque candidat voit où il serait affecté et ajuste sa liste |
| Saisie définitive | 8 septembre 2026 | Liste finale de vœux ordonnés ; 40 vœux minimum fortement conseillés |
| Affectation définitive | 9 septembre 2026, 16 h 30 | Résultat publié sur le compte Even, opposable |
| Tours complémentaires | 9 au 11 septembre 2026 | Réservés aux candidats de la liste principale non affectés ; postes restés vacants |
| Prise de fonction | Début novembre 2026 | Premier semestre de phase socle |
Le vœu : un couple spécialité-subdivision
Un vœu associe une spécialité (par exemple « pédiatrie ») et une subdivision territoriale (par exemple « Lyon »). La France compte 28 subdivisions, correspondant en général à un CHU, l’Île-de-France formant une subdivision unique rattachée à l’AP-HP (1 815 postes en 2026, soit près de 18 % du total). Un candidat qui vise trois spécialités dans quatre villes doit donc saisir douze vœux distincts, dans l’ordre exact de ses préférences.
L’algorithme : Gale et Shapley, côté candidat
L’algorithme d’appariement retenu est celui de Gale et Shapley, connu pour produire une affectation dite « stable ». Concrètement, chaque candidat est examiné vœu après vœu : il obtient le premier vœu de sa liste pour lequel son rang, dans le groupe de spécialités correspondant, est meilleur que celui des autres candidats prétendant au même poste. Nul n’a intérêt à « jouer stratégique » en plaçant un vœu moins désiré plus haut : classer ses vœux dans l’ordre sincère de ses préférences est la meilleure stratégie. L’appariement « par paire » (deux candidats souhaitant être affectés ensemble) n’est pas possible. Notre article le classement à l’internat, comment ça marche détaille l’algorithme et les stratégies de liste.
Le risque principal n’est pas de « viser trop haut » mais de saisir une liste trop courte. Un candidat dont tous les vœux sont pris par de meilleurs classés se retrouve non affecté et renvoyé aux tours complémentaires, sur les postes restants. Les tours à blanc existent précisément pour mesurer ce risque avant la saisie définitive.
Les postes offerts en 2026 : une hausse historique
L’arrêté du 4 août 2026 ouvre 10 260 postes pour l’année universitaire 2026-2027, contre 8 919 en 2025-2026, soit 1 341 postes supplémentaires (+15 %). Cette progression traduit l’arrivée à l’internat des premières promotions élargies après la suppression du numerus clausus. Sur ce total, 346 postes sont réservés aux signataires d’un contrat d’engagement de service public (CESP) et 9 914 sont offerts à la procédure générale.
Les grandes masses, telles que rapportées par L’Étudiant et les agences régionales de santé :
- médecine générale : 4 070 postes (+13,3 %) ;
- psychiatrie : 665 ; médecine d’urgence : 545 ; anesthésie-réanimation : 540 ;
- pédiatrie : 468 (+20,3 %) ; gynécologie-obstétrique : 275 ; radiologie et imagerie médicale : 266 ;
- médecine cardiovasculaire : 232 ; gériatrie : 212 ;
- parmi les plus petits effectifs : chirurgie orale (une douzaine de postes), chirurgie plastique ou génétique médicale (quelques dizaines).
La répartition par subdivision est aussi un enjeu politique : les ARS l’utilisent pour orienter les futurs médecins vers les territoires en tension. La Nouvelle-Aquitaine annonce ainsi 904 postes (+16 %), avec des hausses ciblées en pédiatrie, gynécologie-obstétrique et médecine d’urgence. Les rangs auxquels chaque spécialité a été pourvue sont analysés dans les spécialités les plus demandées à l’internat.
44 DES, trois phases, quatre à six ans
L’organisation du troisième cycle repose sur l’arrêté du 12 avril 2017, plusieurs fois modifié. Il définit 44 diplômes d’études spécialisées (DES), chacun assorti d’une maquette nationale qui fixe la durée, les stages obligatoires et les compétences à acquérir. La liste complète figure dans notre page consacrée aux spécialités médicales.
La phase socle
La phase socle occupe en général la première année (deux semestres). Elle permet d’acquérir les bases de la spécialité et de vérifier l’adéquation du projet. C’est aussi la période où le droit au remords doit s’exercer pour certains DES. À l’issue de la phase socle, une commission valide le passage en phase suivante.
La phase d’approfondissement
D’une durée de deux à trois ans selon la maquette, elle constitue le cœur de la formation : stages dans les différents secteurs de la spécialité, enseignements théoriques, éventuellement stages « hors filière » ou en ambulatoire. C’est pendant cette phase que l’interne prépare et soutient sa thèse d’exercice, et qu’il peut suivre une option ou une formation spécialisée transversale (FST) qui complète le DES.
La phase de consolidation : le docteur junior
Dernière phase, d’un an pour la plupart des DES et de deux ans pour les spécialités chirurgicales à six ans, elle place l’interne en « autonomie supervisée ». Il prend le statut de docteur junior, nommé par le directeur général du CHU, après avoir validé la phase d’approfondissement et soutenu sa thèse. Selon l’ISNI, ses émoluments s’élèvent à 28 495,49 euros bruts annuels (environ 2 375 euros bruts par mois), auxquels s’ajoute une prime d’autonomie supervisée de 5 000 euros la première année et de 6 000 euros la seconde lorsque la maquette la prévoit.
| DES (exemples) | Durée totale | Phase socle | Approfondissement | Consolidation |
|---|---|---|---|---|
| Médecine générale (promotions entrées depuis 2023) | 4 ans | 1 an | 2 ans | 1 an, en ambulatoire (docteur junior) |
| Psychiatrie, pédiatrie, médecine d’urgence | 4 ans | 1 an | 2 ans | 1 an |
| Anesthésie-réanimation, radiologie, cardiologie, dermatologie | 5 ans | 1 an | 3 ans | 1 an |
| Spécialités chirurgicales (orthopédie, viscérale, urologie, neurochirurgie…) | 6 ans | 1 an | 3 ans | 2 ans |
Les durées exactes de chaque phase figurent dans les maquettes annexées à l’arrêté ; le tableau ci-dessus donne l’architecture générale et non le détail de chaque DES.
Le cas particulier de la médecine générale
Le DES de médecine générale est passé de trois à quatre ans pour les internes entrés en phase socle à partir de novembre 2023. La première promotion de docteurs juniors de médecine générale prend ses fonctions le 2 novembre 2026, avec une année de consolidation réalisée en cabinet, maison ou centre de santé, sous la supervision d’un praticien agréé maître de stage. L’instruction interministérielle du 21 mai 2026 et les décrets et arrêtés du 13 mai 2026 en fixent l’organisation et la rémunération : part fixe identique aux autres docteurs juniors, prime d’autonomie supervisée de 5 000 euros, et compléments liés à l’activité, à l’exercice en zone sous-dense (1 000 euros bruts par mois en zone d’intervention prioritaire) et à la participation à la permanence des soins. Nous y consacrons un article complet : la médecine générale, une spécialité à part entière.
La thèse d’exercice
La thèse d’exercice confère le diplôme d’État de docteur en médecine, distinct du DES qui autorise l’exercice de la spécialité. Depuis la réforme du troisième cycle, elle doit être soutenue avant l’entrée en phase de consolidation, c’est-à-dire, pour la plupart des internes, pendant la phase d’approfondissement. Elle prend la forme d’un travail de recherche encadré par un directeur de thèse, soutenu devant un jury présidé par un professeur des universités.
Pour la médecine générale, le décret du 6 novembre 2025 a prévu des mesures transitoires : les internes entrés en 2023, 2024 et 2025 peuvent soutenir jusqu’à la fin de la phase de consolidation. Dans tous les cas, l’interne a intérêt à choisir son sujet dès la phase socle : un travail commencé tard retarde la nomination en docteur junior et, avec elle, l’obtention du DES.
Changer de voie : droit au remords et réorientation
L’article 7 de l’arrêté du 12 avril 2017 organise le droit au remords. Un interne peut demander une seule fois à changer de spécialité, à trois conditions : rester dans la même subdivision, viser une spécialité qui lui était accessible lors de l’appariement compte tenu de son rang, et formuler sa demande dans le délai prévu (au plus tard durant le dernier semestre de la phase socle pour certains DES, au plus tard durant le deuxième semestre de la phase d’approfondissement pour les autres). La demande suppose évidemment un poste disponible dans la spécialité visée.
Une réorientation, prévue par le Code de l’éducation, peut aussi être proposée par le coordonnateur ou le doyen lorsque la poursuite du DES apparaît impossible ; une commission locale rend un avis et le doyen décide après consultation de l’ARS. Enfin, des passerelles vers d’autres carrières existent pour les internes qui souhaitent quitter la médecine clinique ; nous les présentons dans réorientation et passerelles.
Vie d’interne : rémunération, temps de travail, protection
L’interne est un agent public en formation, rémunéré par le CHU de rattachement. Les émoluments progressent avec l’ancienneté : d’après l’ISNAR-IMG, ils s’établissent autour de 24 600 euros bruts annuels en première année et de 28 400 euros en troisième année (montants incluant la prime de sujétion, révisés par arrêté), avant le passage au statut de docteur junior. S’y ajoutent les indemnités de garde (156,53 euros pour une garde de semaine, 171,24 euros le week-end et les jours fériés, selon l’arrêté du 29 juin 2023), la prime de responsabilité en surveillance ambulatoire (SASPAS) et les indemnités de transport ou de logement en stage éloigné. Ces montants sont révisés par arrêté.
Le temps de travail est plafonné à 48 heures hebdomadaires en moyenne sur le trimestre, avec un repos de sécurité obligatoire après chaque garde. Ces règles sont fréquemment enfreintes, ce qui alimente une part du malaise décrit par les enquêtes des intersyndicales d’internes.
Le choix d’une spécialité engage pour trente ou quarante ans d’exercice. Le rang d’appariement ne devrait jamais être le seul critère : un stage d’externat apprécié, la nature de l’activité (cabinet, bloc, plateau technique, permanence des soins), la démographie de la discipline et les conditions d’exercice comptent au moins autant. Se projeter dans un mode d’exercice, libéral ou hospitalier, fait partie du choix.
Pour aller plus loin
Le choix de la spécialité ne se sépare pas de celui de la ville : nous avons comparé les subdivisions dans choisir sa ville d’internat. Pour trois spécialités que les futurs internes nous demandent souvent, voir nos articles sur la pédiatrie, l’anesthésie-réanimation et la psychiatrie. Le contrat d’engagement de service public, qui réserve des postes à l’appariement, est expliqué ici.
Questions fréquentes
Comment sont attribuées les spécialités à l’internat ?
Par la procédure nationale d’appariement gérée par le CNG. Chaque candidat classe des vœux (couples spécialité-subdivision) et un algorithme de type Gale et Shapley affecte chacun au meilleur vœu accessible compte tenu de son rang dans le groupe de spécialités concerné.
Combien de temps dure l’internat ?
De quatre à six ans selon le DES : quatre ans en médecine générale (depuis les promotions entrées en 2023), quatre à cinq ans pour la plupart des spécialités médicales et six ans pour les spécialités chirurgicales.
Qu’est-ce qu’un docteur junior ?
C’est le statut de l’interne en phase de consolidation, dernière phase du DES. Il a soutenu sa thèse et exerce en autonomie supervisée, avec des émoluments d’environ 28 500 euros bruts annuels et une prime d’autonomie supervisée de 5 000 euros.
Quand soutient-on sa thèse de médecine ?
Avant l’entrée en phase de consolidation, donc généralement en fin de phase d’approfondissement. La thèse d’exercice conditionne l’obtention du diplôme d’État de docteur en médecine ; le DES, lui, s’obtient à la fin de la consolidation.
Peut-on changer de spécialité pendant l’internat ?
Oui, dans des conditions strictes : un droit au remords permet de changer de spécialité une fois, au sein de la même subdivision et sous réserve d’un rang suffisant et d’un poste disponible, dans un délai fixé par l’arrêté du 12 avril 2017.
Combien de postes d’internat sont ouverts en 2026 ?
L’arrêté du 4 août 2026 ouvre 10 260 postes pour l’année universitaire 2026-2027, en hausse de 15 % sur un an, dont 4 070 en médecine générale et 346 réservés aux signataires d’un contrat d’engagement de service public.
Sources
- Centre national de gestion — La procédure nationale d’appariement 2026 (consulté en septembre 2026)
- Légifrance — Arrêté du 11 mai 2026 fixant le calendrier de la procédure nationale d’appariement 2026-2027 (consulté en septembre 2026)
- Légifrance — Arrêté du 4 août 2026 fixant le nombre d’étudiants de troisième cycle susceptibles d’être affectés, par spécialité et par subdivision, pour 2026-2027 (consulté en septembre 2026)
- L’Étudiant — Internat de médecine : avec une hausse de 15 %, plus de 10 000 postes ouverts pour la rentrée 2026 (consulté en septembre 2026)
- Légifrance — Arrêté du 12 avril 2017 portant organisation du troisième cycle des études de médecine (consulté en septembre 2026)
- ISNI — Docteur junior : statut, fonctions et rémunération (consulté en septembre 2026)
- ISNI — Droit au remords et réorientation (consulté en septembre 2026)
- Bulletin officiel Santé — Instruction interministérielle du 21 mai 2026 relative à la mise en œuvre de la quatrième année du DES de médecine générale (consulté en septembre 2026)
